23_REP_33 - Réponse du Conseil d'Etat au Grand Conseil à l'interpellation David Raedler et consorts au nom Les Vert.e.s vaudois.e.s - Des circuits-courts à souffle court, voire à bout de souffle ? (23_INT_14).

Séance du Grand Conseil du mardi 21 janvier 2025, point 38 de l'ordre du jour

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M. David Raedler (VER) —

Contrairement à ce que j’ai pu dire pour la première interpellation que j’ai évoquée, où j’ai remercié le Conseil d’Etat pour la qualité de sa réponse, je ne vais malheureusement pas pouvoir en faire de même ici… tout simplement parce que cette qualité est absente. C’est d’autant plus regrettable que le sujet en lui-même est crucial.

Pour rappel, il est question des circuits courts et, plus précisément, de la vente directe par les agriculteurs et agricultrices, ainsi que des canaux qui permettent cette vente. Or, depuis la fin de la pandémie de coronavirus – en tout cas depuis cette période – on constate une baisse marquée de la vente directe, une diminution des volumes vendus et, malheureusement, la fermeture de plusieurs exploitations en raison de ce manque de débouchés.

Je reconnais volontiers que la question est complexe et qu’elle implique de nombreux critères, éléments et considérations à prendre en compte pour analyser les causes de cette chute et comprendre pourquoi les consommateurs se détournent de ces canaux. Mais ce qui est frappant, c’est que la réponse du Conseil d’État – et je n’ai même pas besoin de la simplifier, tant elle est brève – se limite à dire que, certes, la vente directe diminue, mais que l’attrait des produits locaux, lui, augmente, notamment grâce aux débouchés et à la progression des ventes dans la grande distribution.

Et là, je dois dire que cette réponse interpelle. Présenter cette situation sous un angle positif, en affirmant que l’attrait des produits locaux progresse alors que les consommateurs se tournent vers la grande distribution, c’est ignorer les lourdes difficultés qu’elle entraîne. On sait tous ici l’énorme pression financière qu’exerce la grande distribution sur les producteurs et productrices. On connaît le duopole qui existe en Suisse dans ce secteur. Il est donc particulièrement problématique de mettre cela en avant comme un point semi-positif, en laissant entendre que la vente des produits locaux serait en croissance grâce à Vaud+.

Deux passages en particulier me posent problème dans cette réponse. D’abord, en page 2, il est écrit qu’il « semblerait » – et j’apprécie tout particulièrement l’usage de ce conditionnel – que les meilleures marges obtenues par les producteurs grâce aux circuits courts disparaissent lorsque ces mêmes produits sont écoulés via des intermédiaires comme la grande distribution. Or, je pense que plusieurs collègues ici confirmeront qu’il ne s’agit pas d’une supposition : c’est un fait avéré. Les marges et revenus des producteurs et productrices sont plus bas via la grande distribution. C’est précisément là tout le problème ! Les marges y sont extrêmement faibles, et ce ne sont pas eux qui fixent les prix, mais bien la grande distribution elle-même.

Le deuxième point particulièrement contestable se trouve à la fin du développement, où il est écrit : « Finalement, cette évolution a beaucoup moins d’impact sur les parts de marché globales des produits locaux du pays que n’en a une protection douanière efficace qui a pour fonction de remettre à jeu égal la compétitivité de nos agricultures vis-à-vis des produits importés. » Certes, les protections douanières sont essentielles, et je suis bien conscient que ce sujet relève du niveau fédéral. Mais ce n’est pas en multipliant les protections douanières que l’on résoudra le problème de la vente directe. Tant que nous ne garantissons pas aux agriculteurs et agricultrices des débouchés viables et des revenus décents, leur activité restera menacée. Et si nous perdons ces exploitations, il ne servira plus à grand-chose de mettre en avant des labels comme Vaud+ ou de vanter le rôle prétendument positif de la grande distribution dans la valorisation des produits locaux. Car pour cette dernière, les produits locaux ne sont qu’un argument marketing, rien de plus.

En résumé, cette réponse, qui tient sur trois pages, n’est pas seulement décevante. C’est précisément pour cette raison qu’un postulat a d’ores et déjà été déposé, qu’il a été examiné en commission et qu’il attend désormais le rapport de notre collègue Chevalley, qui m’a assuré qu’il le rendra très prochainement. Nous aurons donc l’occasion d’en rediscuter et de voir enfin quelles mesures le Conseil d’Etat entend mettre en place pour tenter d’enrayer la chute de la vente directe.

M. Jean-François Thuillard (UDC) — Président-e

La discussion est ouverte.

M. José Durussel (UDC) —

Je suis ravi d'entendre que M. Raedler se préoccupe réellement des problèmes que rencontrent nos producteurs. C’est vrai qu’au moment de la pandémie, il y a eu une demande incroyable pour certains produits, principalement ceux des petites épiceries : des œufs, du pain, des confitures, des brisselets, des fruits locaux de saison, etc. Mais parfois, monsieur Raedler, des agricultrices et agriculteurs ont décidé de se lancer, d’investir dans des points de vente locaux. Ils ont dû mettre leur projet à l’enquête à la commune ou au canton, gérer la chaîne du froid, etc. Le Covid a duré un peu plus de deux ans et, à la fin de cette période difficile, la demande est retombée presque à zéro. 

Prenons par exemple la commune de Mathod. Trois agriculteurs que je connais bien y ont ouvert un magasin et, pourtant, malgré le passage de nombreuses voitures, surtout le matin et le soir, lorsque les gens vont ou rentrent du travail, ils ont été contraints de fermer leur magasin faute de demande. Le constat est clair, monsieur Raedler. La qualité des produits, nous l’avons depuis longtemps dans nos élevages, nos productions ou nos vergers, mais ce qui compte avant tout pour le consommateur, c'est son porte-monnaie ! Le consommateur veut remplir un gros caddie avec un petit budget. C’est une réalité à laquelle il faut s’habituer.

Pour les agriculteurs, ce n’est pas un problème. Nous produisons du lait, de la viande, des céréales, du colza, du tournesol. Nos coopératives gèrent nos affaires et on s'en sort – parfois mieux, parfois moins bien, mais on s’en contente. Cependant, il est difficile de relancer le modèle des petites épiceries au bord des routes.

Je retiens cependant ce qui a été mis en place au niveau cantonal par M. le conseiller d'Etat Leuba et que Mme Dittli poursuit aujourd’hui. Le travail effectué avec des labels comme Vaud+ est important. La qualité est là. Vaud+ est maintenant un produit reconnu. On voit même des publicités dans de grandes compétitions de ski ou d’autres compétitions de sport. C’est efficace. A ce stade, je ne vois pas ce qu'on peut faire de plus aujourd'hui. 

Vous avez déposé un postulat, mais pour améliorer quoi exactement ? Il y a un terme que je retiens, venant d’une agricultrice de la Plaine de l'Orbe qui m’a dit : « José, toi qui es député, je sais que tu ne peux pas faire grand-chose à Lausanne, mais il y a une chose qui est sûre. En tant qu'agriculteurs, durant le Covid, on était des bouche-trous ! » 

M. David Raedler (VER) —

Je remercie notre collègue Durussel pour ces éléments. Naturellement, l'un des problèmes est le porte-monnaie, mais ce n'est de loin pas le seul. Il faut aussi reconnaître que la grande distribution possède un avantage évident : tout est regroupé en un seul lieu – j’enfonce une porte ouverte, mais c’est un fait. Certes, la qualité des produits n'est pas toujours au rendez-vous – on trouve par exemple de magnifiques fraises d'Espagne, dont on ignore parfois le mode de culture et de transport... Mais en réalité, elles sont arrivées en camion, voilà le mot que je cherchais. Bref, on y trouve tout et n'importe quoi.

Or, le temps est un critère déterminant pour le consommateur, et c’est un point central. Prenons un exemple concret : aujourd’hui, selon une règle du droit fédéral, un magasin à la ferme doit proposer un pourcentage élevé, voire très élevé de produits issus directement de son exploitation. Mais si chaque producteur ne peut vendre que ses propres produits, alors les consommateurs doivent multiplier les déplacements pour obtenir ce dont ils ont besoin. Dans ces conditions, ils ne le feront pas, par manque de temps. C’est regrettable, mais c’est la réalité.

Heureusement, il existe des alternatives, notamment les marchés, qui permettent d’apporter aux citadins des produits locaux via la vente directe. À Lausanne, par exemple, cela fonctionne bien. Toutefois, il faut rester vigilant, car on observe une baisse de fréquentation, y compris le mercredi, jour de marché. Cela s’explique en grande partie par le poids omniprésent de la grande distribution. Pour ma part, je n’achète plus rien en grande distribution ; je me sustente exclusivement au marché et en vente directe.

Le sujet est complexe, avec de nombreux facteurs en jeu. Mais en tant que citadin lausannois convaincu, je refuse de croire que l’on ne peut rien faire. Il est inacceptable que des producteurs et productrices qui ont investi dans la vente directe se retrouvent contraints de fermer leurs magasins et de perdre une source de revenus essentielle. Il ne s’agit pas de blâmer uniquement le consommateur ; il faut aussi prendre en compte les contraintes administratives et les difficultés du secteur.

Il est donc impératif d’analyser précisément les points de blocage, non seulement au niveau fédéral, mais aussi, et surtout, au niveau cantonal. C’est cette réflexion que nous demandons aujourd’hui.

M. Jean-François Thuillard (UDC) — Président-e

La discussion n’est pas utilisée.

Ce point de l’ordre du jour est traité.

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