REP_691078 - Réponse du Conseil d'Etat au Grand Conseil à l'interpellation Hadrien Buclin et consorts - Hébergement d'urgence : pas de retour à la rue après la crise du COVID-19 ! (20_INT_485).

Séance du Grand Conseil du mardi 16 mars 2021, point 19 de l'ordre du jour

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M. Hadrien Buclin (EP) —

Cette interpellation concerne l’hébergement d’urgence en temps de pandémie. Ce thème a toute sa place dans ce Parlement, car le canton joue un grand rôle dans le financement des structures d’accueil des personnes sans-abri, en assumant aujourd’hui environ deux tiers des coûts de ces structures. Historiquement, l’hébergement d’urgence est une tâche des communes, mais depuis quelques années, l’Etat cantonal est monté en puissance dans le financement. L’Etat cantonal se doit aussi d’être le garant de la Constitution vaudoise qui dispose, en son article 33, que « Toute personne dans le besoin a droit à un logement d’urgence appro­prié et aux moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine. » Durant la pandémie, les autorités du canton et des communes de la région lausannoise ont décidé d’augmenter le nombre de places dans les hébergements d’urgence, afin d’améliorer le respect des normes sanitaires. Une petite partie des places nouvellement créées pendant la pandémie va être pérennisée dès cette année, à Lausanne, à travers l’ouverture d’une nouvelle structure. Au lieu de 57 places disponibles, comme c’était le cas avant la pandémie, on va monter à 92 places. C’est une évolution à saluer. Mais, malheureusement, si l’on regarde les chiffres, on se rend compte que cette augmentation sera insuffisante pour répondre aux besoins. En effet, cet hiver, les structures ont été renforcées ; on est monté jusqu’à 250 places dans la situation extraordinaire de pandémie que l’on a vécue. Or, même avec 250 places disponibles en région lausannoise, le taux d’occupation des structures d’hébergement flirtait avec les 100 %, selon les informations que j’ai pu recueillir auprès des professionnels du secteur. A partir de ce printemps, on va donc redescendre de 250 à 92 places en région lausannoise. Cela signifie donc que des dizaines de personnes sans-abri devront recommencer à dormir dehors. Cela montre que, même s’il faut reconnaître un effort du Conseil d’Etat, cet effort va rester insuffisant, puisque les besoins tournent davantage autour des 250 places que des 90, pour la seule région lausannoise.

Dès lors, dans ces conditions, je ne peux que demander un effort supplémentaire de la part du canton pour le renforcement du dispositif. C’est une demande qui est aussi portée par des professionnels du secteur qui ont lancé des appels répétés en ce sens aux autorités. Le Conseil d’Etat devrait soutenir l’ouverture de nouvelles places en région lausannoise, qui concentre les plus grands besoins, mais aussi viser un dispositif mieux réparti dans le canton, puisqu’il existe aujourd’hui des lieux d’accueil à Lausanne, Renens, Yverdon et Vevey, mais qu’il n’y a aucune structure dans l’Est du canton, soit entre Montreux et le Chablais, ni dans l’Ouest, entre Morges et Nyon. Je sais que des discussions ont eu lieu, en vue de la création d’une structure dans l’Ouest du canton, mais à ma connaissance, il n’y a pas de projet concret. Le Conseil d’Etat a aussi un rôle moteur à jouer, en tant que financeur, en concertation avec les communes de cette région, pour qu’on ait une structure d’hébergement d’urgence de ce côté du canton.

Bien sûr, le Conseil d’Etat le rappelle dans sa réponse, il faut travailler sur la question des solutions moins précaires que ces lieux d’hébergement d’urgence, solutions qui visent à une amélioration durable de la situation des personnes sans-abri. Cela ne doit pas faire oublier l’objectif à court terme : éviter que des personnes dorment dehors. Aujourd’hui, avec la fermeture des places qui ont été ouvertes de manière extraordinaire pendant le premier semi-confinement ainsi que cet hiver, on va se retrouver à nouveau avec cette situation où des personnes dormiront dehors. J’aimerais rappeler qu’une nuit dans la rue a des conséquences graves sur la santé physique et mentale des personnes sans-abri, même en été lorsque les températures sont plus clémentes. Il y a peu d’études sur la situation de ces personnes en Suisse, mais une étude a été récemment réalisée en France et révèle que l’espérance de vie d’une personne sans-abri tourne autour des 50 ans, contre environ 80 ans pour la population en général. L’espérance de vie est donc réduite de 30 ans pour les personnes sans-abri. Parmi les nombreux facteurs qui pèsent négativement sur leur santé, il y a le sentiment d’insécurité, puisque dormir dehors est une source d’insécurité. Il y a des faits divers tragiques, y compris dans la région et le canton. Il y a quelques années, une personne sans-abri a été brûlée vive par un pyromane, pendant qu’elle dormait à la gare de Bussigny. Elle a dû être hospitalisée dans un état grave. Cette source d’insécurité pèse lourdement sur ces personnes. Dans une collectivité aussi riche que la nôtre, il y a encore des efforts à faire pour éviter une surcharge chronique des structures d’hébergement d’urgence et pour éviter que, chaque soir, des personnes soient refoulées de ces structures et soient contraintes de dormir dehors.  Un autre élément problématique dans la situation actuelle où l’on manque de places, c’est que la plupart des communes du canton interdisent de dormir dans la rue. Lorsque l’on pousse des gens à dormir dehors, on les pousse aussi à commettre une infraction, avec potentiellement des interventions policières pendant la nuit. Tout cela ne fait qu’aggraver la situation et leur marginalisation sociale.

Je remercie le Conseil d’Etat pour sa réponse. Je souligne que des efforts ont été faits pour augmenter le dispositif, mais je relève qu’ils seront insuffisants. Dans les prochains mois et années, il faut poursuivre ces efforts pour développer le réseau d’hébergement de nuit. C’est un préalable pour ensuite envisager d’autres situations pour stabiliser les personnes et les réinsérer dans des hébergements moins précaires que ces hébergements collectifs de nuit.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion n’est pas utilisée.

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