23_POS_16 - Postulat José Durussel et consorts - Covoiturage; où en sommes-nous dans notre canton?.
Séance du Grand Conseil du mardi 23 janvier 2024, point 16 de l'ordre du jour
Texte déposé
La surcharge du trafic sur nos routes et autoroutes est un problème apparement sans solution aux heures de pointe lors du déplacement des pendulaires sur les axes principaux de notre canton. Alors qu’en parallèle les cadences de nos transports publics ont été largement augmentées et sont aussi très utilisées mais n’améliorent pas la problématique de congestion de nos routes.
Aujourd’hui la population vaudoise va continuer d’augmenter dans des proportions très élevées et la tendance des citoyens est clairement de se rendre dans ou aux abords des agglomérations pour leurs activités professionnelles.
Cette surcharge de trafic est également influencée par la nombreuse présence des travailleurs-euses frontaliers-ères qui se déplacent chaque jour matin et soir depuis la France.
Au vu des inquiétudes climatiques actuelles et des importantes émissions à effet de serre produites par le trafic automobile, il sera nécessaire d’améliorer cette situation en créant de réels et efficaces parkings de covoiturage aux abords des axes autoroutiers et des postes frontières.
Evidemment cela nécessitera de mettre à disposition des surfaces d'assolements afin de créer des places de parc. On a pu constater que la mise à disposition de SDA (~ 100ha) pour le futur réseau cyclable cantonal approuvé par notre parlement en 2022 n’a pas posé de grandes oppositions.
A ce jour les places disponibles pour le covoiturage sont très limitées et ont dans certains endroits même diminué ces derniéres années.
Les cosignataires de ce postulat demandent un rapport au Conseil d’Etat afin d’étudier l’opportunité d’améliorer cette situation sur notre territoire en créant ou agrandissant des parkings de covoiturage aux endroits névralgiques de notre canton ainsi qu’à proximité des douanes là où les surcharges de trafic débutent. Ceci en incluant une étude des possibilités d’incitations d’utilisation de ces parkings.
Conclusion
Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures
Liste exhaustive des cosignataires
Signataire | Parti |
---|---|
Pierre-Alain Favrod | UDC |
Jean-Franco Paillard | PLR |
Carole Dubois | PLR |
Fabrice Moscheni | UDC |
Jean-Daniel Carrard | PLR |
Nicole Rapin | PLR |
Joëlle Minacci | EP |
Oscar Cherbuin | V'L |
Aurélien Demaurex | V'L |
Stéphane Jordan | UDC |
Yann Glayre | UDC |
Philippe Liniger | UDC |
Marion Wahlen | PLR |
Nicolas Glauser | UDC |
Florence Bettschart-Narbel | PLR |
Martine Gerber | VER |
Didier Lohri | VER |
Pierre-André Romanens | PLR |
Loïc Bardet | PLR |
Aliette Rey-Marion | UDC |
Jacques-André Haury | V'L |
Fabrice Tanner | UDC |
John Desmeules | PLR |
Jean-Louis Radice | V'L |
Yvan Pahud | UDC |
Jean-François Thuillard | UDC |
Maurice Neyroud | PLR |
Alexandre Berthoud | PLR |
Cédric Weissert | UDC |
Romain Pilloud | SOC |
Fabrice Neyroud | UDC |
Jean-Bernard Chevalley | UDC |
Nathalie Vez | VER |
Denis Dumartheray | UDC |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourLa commission s’est réunie le 27 avril 2023. Je remercie M. Aeschlimann pour la prise des notes de séance. Le postulant nous expose les problématiques liées au covoiturage. Il est nécessaire d'essayer d'agir afin de diminuer les surcharges de trafic. Les constructions vont continuer d'augmenter et la population avec. Il estime qu'à certains endroits, les places de parc ont diminué et qu'il est difficile de savoir qui sont les propriétaires de ces places parfois sauvages. Mme la conseillère d'Etat nous dit qu'elle est favorable à ce postulat.
Le covoiturage fait partie du programme Interreg, programme consacré principalement aux frontaliers. Le Conseil d'Etat a l'obligation de documenter la stratégie liée au covoiturage. Le plan de mesure OPair oblige la mise en place de plans de mobilité pour les entreprises. Le covoiturage est l’une des réponses possibles afin de diminuer le nombre de voitures engorgeant les infrastructures routières. Il faut évaluer les destinations principales et étudier ou implanter des aires de covoiturage. Le but est de cartographier les sites intéressants, de les sécuriser et de les dimensionner de manière adéquate ; c'est aussi une demande des communes.
Un autre objectif est la mise en relation entre les conducteurs et les passagers ; Interreg s'inscrit dans cet objectif. Après une bonne discussion des procédés de chaque région, la commission vous recommande à l'unanimité de prendre en considération ce postulat et de le renvoyer au Conseil d'Etat.
La discussion est ouverte.
Je remercie le président pour le rapport très positif de la Commission des infrastructures concernant ce postulat. Oui, le covoiturage peut devenir efficace s'il est bien organisé. C'est une des solutions qui peut aussi améliorer la mobilité des régions décentrées de notre canton. Avec l'augmentation certaine de la population, il sera difficile de diminuer les véhicules privés à moyen et long terme dans les régions périphériques et, par conséquent, le trafic, et ce, même avec l'amélioration et le renforcement de l'offre en transports publics en parallèle.
Je souhaite donc que le Conseil d'Etat analyse particulièrement 3 points de son futur rapport :
- L’augmentation des places de covoiturage aux abords de nos entrées d'autoroutes, là où cela est actuellement clairement identifiable et récurrent, et, ce, en relation avec les communes concernées,
- Une incitation financière pour les véhicules pratiquant le covoiturage et utilisant les parkings-relais près des centres urbains.
- La prise en compte des travailleurs frontaliers, qui sont tous les jours en très grand nombre sur les routes et autoroutes vaudoises – et il suffit d'écouter les infos, route, matin et soir, pour s’en rendre compte – dans ce futur rapport.
Je soutiens complètement la proposition qui nous est faite. Elle doit figurer dans la même réflexion que les parkings d'échanges. Il y a un certain nombre de gens qui veulent la mort de la mobilité individuelle, mais ils ne l'obtiendront pas, parce qu’elle résistera toujours dans la société ; de plus, il y a un certain nombre de lieux dans ce pays qui ne se prêtent pas du tout à la suppression totale de la mobilité individuelle. J’habite le Chablais et je n'imagine pas que les gens de Corbeyrier puissent se contenter de quelques bus par jour pour aller prendre un train à Aigle et ensuite travailler ou se divertir à Lausanne.
Si on veut favoriser l'usage des transports en commun, il nous faut favoriser les parkings d'échanges – contrairement à la tendance que j'ai cru déceler dans le département – et les parkings-relais pour le covoiturage. Ces parkings de covoiturage peuvent très bien être des parkings destinés à des vélos, par exemple des vélos électriques ou des scooters, ou privilégier les voitures électriques. Dès lors, les gens qui se trouvent dans un rayon assez court de l'emplacement de covoiturage peuvent très bien y venir autrement qu'en voiture à essence, en voiture individuelle. Il faut voir cette complémentarité des moyens de transport. Toutefois, je pense que l’offre de possibilités de covoiturage est beaucoup trop faible et qu'elle doit être étendue.
Je prends la parole en tant que municipale de la commune du Chenit ; c’est une commune frontalière, qui a 6’000 emplois pour 4’500 habitants, avec plus de 4’000 frontaliers environ. Dès lors, cette question de covoiturage est quelque chose de brûlant pour des régions comme la nôtre. Je parle de la commune du Chenit, mais cela concerne toute la Vallée de Joux, ainsi que d’autres communes comme Vallorbe et d’autres qui sont en région frontalière. Ce problème de covoiturage a déjà été pris à bras-le-corps, dans des discussions entre les communes et les cantons, mais aussi dans le cadre des discussions Interreg, c'est-à-dire interfrontalières. Je suis très contente de l'acceptation du postulat de M. Durussel, mais ces questions de parkings-relais ne sont pas si simples à envisager. Pour que les parkings-relais soient efficients en termes de covoiturage pour les frontaliers, ils doivent se trouver – en ce qui nous concerne – sur le territoire français. Or, les communes françaises ont les mêmes problématiques d'aménagement du territoire que nous, en Suisse. De plus, au niveau de la population française, il y a des réticences dont on n'a pas forcément conscience dans ce plénum, par rapport à l'exode de toutes ces forces de travail qui vont travailler en Suisse pour des conditions qui sont beaucoup plus attractives et qui dépossèdent les régions frontalières françaises de leurs forces vives.
Dès lors, la question des parkings-relais est un problème qui a été pris en compte au niveau du Nord vaudois par l'Association pour le Développement du Nord Vaudois (ADNV) et l'ADAEV, qui sont les associations de développement économique qui cherchent des endroits. Or, vous connaissez tous comme moi les problématiques d'aménagement du territoire que nous avons dans notre canton. Et en ce qui concerne le trafic de covoiturage de travailleurs transfrontaliers, ce sont des problématiques que je vous ai déjà exposées tout à l'heure.
Toutefois, la situation n'est pas catastrophique. Actuellement, à la Vallée de Joux, dans l'étude de mobilité qui vient d'être faite, il y a 25 % de part modale de collaborateurs des grandes entreprises qui pratiquent le covoiturage, notamment grâce à des incitations financières. L'objectif est d'arriver à 43 % de covoiturage dans ces parts modales. Cela devra être accompagné par des transports publics, notamment des navettes et d'autres choses qui sont aussi dans le pipeline. Dès lors, pour ma part, j'accepterai le renvoi de ce postulat au Conseil d'Etat, mais ces questions de parkings-relais sont beaucoup plus compliquées que ce qu'on pourrait imaginer d'une manière très théorique.
Le groupe Ensemble à Gauche et POP n'était pas représenté en commission et va donc donner sa position maintenant. Si ce postulat a été voté à l'unanimité des commissaires, notre groupe n'est pas enclin à soutenir à l'unanimité son renvoi au Conseil d'Etat ; et ce n’est pas parce que nous sommes favorables à la mort de la mobilité individuelle, monsieur Haury, mais parce que nous préférons une diminution de son recours pour nous concentrer sur ce qui est nécessaire.
Si nous sommes favorables à davantage de mobilité partagée, y compris de covoiturage, l'augmentation de l'offre en transports publics nous semble primordiale. Nous pensons en effet que le covoiturage fait partie de la solution, mais nous serions davantage enclins à soutenir des plateformes qui favorisent plus de covoiturage et qui mettent en relation des personnes.
Surtout – j’insiste là-dessus – nous soutenons la transformation et la valorisation de ce qui existe déjà. Si ce postulat devait être transmis au Conseil d'Etat – ce qui sera apparemment le cas – nous trouverions vraiment important de prêter attention aux possibilités d'utiliser, de transformer et de valoriser ce qui existe déjà.
Notre groupe ne souhaite ainsi pas augmenter le nombre de places et créer de nouveaux parkings. Nous pourrions entrer en matière si était vraiment ciblé ce qui concerne les points de trafic entre la France et la Suisse, par exemple, mais nous préférons insister sur l'existant. C'est donc pour cette raison que nous n'allons pas soutenir le renvoi du postulat au Conseil d'Etat.
Je voulais juste rebondir sur les propos de M. Haury concernant les dessertes en transports en commun dans les campagnes. En l'occurrence, il n'y a pas 2 bus par jour entre Corbeyrier et Aigle, mais il y en a 10 dans chaque sens, entre 5 h 30 du matin et 7 h 30 du soir. C'est un peu une prophétie autorélévélatrice que de penser qu'il n'y a pas de transports en commun dans les campagnes, qu’on ne peut dès lors pas les prendre et qu’il faut utiliser d'autres moyens de transport. Enormément de progrès ont été faits ces dernières années en matière de dessertes dans les campagnes. Un travail remarquable est accompli aujourd'hui pour augmenter la cadence et la capacité des bus. Ce sont des bus qui sont souvent extrêmement pris. Certes, ce n'est pas la seule solution.
Ce qui est intéressant avec le covoiturage, c'est que cela réduit les besoins en infrastructures ; en effet, plutôt que d'agrandir les autoroutes, on peut peut-être remplir davantage les voitures. En ce sens, je ne suis pas opposé à ce postulat. Toutefois, sortons un petit peu de cette idée que les campagnes ne peuvent pas bénéficier de transports en commun ; cela était certainement vrai il y a encore une quinzaine ou une vingtaine d'années, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Retour à l'ordre du jourLa discussion est close.
Le Grand Conseil prend le postulat en considération avec quelques avis contraires et abstentions.