22_POS_51 - Postulat Cédric Roten et consorts au nom SOC - Maturité professionnelle : Des conditions d’admission qui influencent la réussite.
Séance du Grand Conseil du mardi 23 janvier 2024, point 30 de l'ordre du jour
Texte déposé
En Suisse, deux tiers des jeunes obtiennent un certificat fédéral de capacités (CFC) et environ un quart d’entre eux le complète par une maturité professionnelle (MP), 13% pendant leur apprentissage (MP1) et quelque 10% après (MP2). La MP est une composante centrale de la perméabilité de notre système éducatif : elle complète la formation professionnelle initiale avec une culture générale élargie afin de permettre à ses titulaires d’entreprendre des études dans une haute école spécialisée (HES). Cette perméabilité du système de formation suisse a été identifiée comme étant l’un des facteurs qui permet de maintenir le taux de chômage des jeunes à un bas niveau et qui explique la compétitivité et la capacité d’innovation de la Confédération. [1]
Une étude de l’Observatoire suisse de la formation professionnelle (OBS HEFP) a démontré que le pourcentage de jeunes qui effectuent une MP stagne. Il n’a augmenté que de 7% au cours des huit dernières années. [2]
Les MP1 et les MP2 s'adressent en partie à des groupes cibles différents. La MP2 semble être le modèle le plus intégratif. L’octroi de MP2 a augmenté de presque 21% entre 2012 et 2019, tandis que le pourcentage de MP1 a légèrement reculé. La question se pose de savoir comment développer ces deux modèles de façon à mieux exploiter leurs potentiels respectifs.
Si L’offre de places d’apprentissage MP1 dépend fortement de la disposition des entreprises, elle permet aux jeunes qui ont de bons résultats d'enchaîner directement avec des études au degré tertiaire. Elle s’adresse aux apprenti.e.s qui pourraient tout aussi bien opter pour le gymnase, mais qui aimeraient acquérir des connaissances pratiques en plus de celles théoriques. Les apprenti.e.s de la MP1 se caractérisent par leur motivation et leur volonté de s’investir.
Parmi celles et ceux qui obtiennent une MP, les deux tiers poursuivent des études supérieures dans les secteurs de l’économie où les diplômes HES sont importants pour la prospérité de notre canton et du pays (technique et technologies de l’information, architecture, construction et planification, chimie et sciences de la vie, et santé).
Dans le cadre d’une analyse générale de la situation mandatée par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), il est ressorti une très grande disparité cantonale au niveau du taux d’obtention de la MP pour les personnes en formation. Les cantons du Tessin (42%) et de Neuchâtel (38%) sont ceux qui affichent les taux de MP les plus élevés, alors que la part des apprentis et des apprenties titulaires d’une MP est la plus faible dans les cantons d’Uri et de Schwyz (16%). On ne constate pas de concurrence directe entre la maturité gymnasiale et la MP : au Tessin par exemple, le taux de maturités gymnasiales est lui aussi élevé. [3]
Un rapport de la Haute école fédérale en formation professionnelle (HEFP) publié le 30 août 2022 a confirmé que plus les conditions d’admission réduisent la probabilité de commencer une maturité professionnelle plus les chances de succès sont réduites. Cette étude suggère que les perspectives de formation sont déterminées par le canton de résidence, indépendamment des aptitudes individuelles. [4]
Les critères d’admission à la MP varient selon les cantons. Pour le canton de Vaud, ce sont les articles 112 intitulé “Admission modèle intégré” et 113 intitulé “Admission en modèle post-CFC” du règlement d'application de la loi vaudoise du 9 juin 2009 sur la formation professionnelle (RLVLFPr/VD; RSVD 413.01.1) qui fixent ces critères d’admission. [5]
La comparaison des procédures d’admission avec les taux de MP met en évidence que les cantons qui ne prévoient pas d’examen d’admission obligatoire, ce qui n’est pas le cas du canton de Vaud, présentent, de manière générale, un taux de MP plus élevé que les autres.
Au vu de l’étude du SEFRI et de la HEFP qui ont clairement mis en évidence que les cantons qui ne brident pas l’accès à la maturité professionnelle sont les cantons qui ont le plus de succès dans cette orientation, j'ai l'honneur de demander au Conseil d'Etat d'étudier les différentes pistes qui permettraient de réévaluer les conditions d'admission à la maturité professionnelle afin de faciliter l’accessibilité à cette filière et la rendre plus attrayante.
Je remercie d'avance le Conseil d’Etat pour sa réponse.
Cédric Roten, membre du Grand Conseil – groupe socialiste
[1]http://ncee.org/wp-content/uploads/2015/03/SWISSVETMarch11.pdf
https://cemets.ethz.ch/cemets-news/2017/08/entry-10--building-permeability-modern-reforms-in-switzerland.html
[2]https://www.ehb.swiss/sites/default/files/trendbericht_4_fr_v2-web.pdf
[3]https://www.sbfi.admin.ch/sbfi/fr/home/formation/maturite/maturite-professionnelle/renforcement-de-la-maturite-professionnelle.html
[4]https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-90101.html
[5]https://www.lexfind.ch/fe/fr/tol/19342/fr
Conclusion
Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures
Liste exhaustive des cosignataires
Signataire | Parti |
---|---|
Didier Lohri | VER |
Oriane Sarrasin | SOC |
Alberto Cherubini | SOC |
Felix Stürner | VER |
Yannick Maury | VER |
Sonya Butera | SOC |
Patricia Spack Isenrich | SOC |
Claire Attinger Doepper | SOC |
Sébastien Cala | SOC |
Claude Nicole Grin | VER |
Géraldine Dubuis | VER |
Jean Tschopp | SOC |
Joëlle Minacci | EP |
Muriel Thalmann | SOC |
Carine Carvalho | SOC |
Denis Corboz | SOC |
Romain Pilloud | SOC |
Marc Vuilleumier | EP |
Cendrine Cachemaille | SOC |
Valérie Induni | SOC |
Sandra Pasquier | SOC |
Théophile Schenker | VER |
Monique Ryf | SOC |
Valérie Zonca | VER |
Julien Eggenberger | SOC |
Sylvie Pittet Blanchette | SOC |
Pierre Wahlen | VER |
Amélie Cherbuin | SOC |
Yves Paccaud | SOC |
Sylvie Podio | VER |
Nathalie Jaccard | VER |
Nathalie Vez | VER |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourLa Commission de la formation s’est réunie le 10 mars 2023, en présence M. le conseiller d’État Borloz, accompagné de Mme Suzanne Peters et de MM. Guillaume Ruiz et Jean-François Theubet. Nous remercions M. Jérôme Marcel, le secrétaire de la commission, qui a établi les notes de séance.
Le postulant rappelle qu’en Suisse, environ deux tiers des étudiants obtiennent un certificat fédéral de capacité (CFC), dont un quart suivent ensuite une maturité professionnelle. Il s’agit d’une formation importante, car elle complète la formation initiale avec une culture générale élargie et surtout permet l’entrée aux Hautes écoles spécialisées (HES). En effet, deux tiers des titulaires d’une maturité professionnelle continuent en HES. Or, parmi les enjeux identifiés par les HES, figure le renforcement de la filière des maturités professionnelles pour assurer le nombre d’étudiants éligibles à leur formation, afin de répondre aux défis de demain.
Une étude de la situation mandatée par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) relève une grande disparité cantonale quant au taux d’obtention de la maturité professionnelle. Le Canton de Vaud a choisi de sélectionner les candidats à l’entrée de la maturité professionnelle, en prenant les résultats de la fin de la scolarité obligatoire, pensant que le taux de réussite serait plus élevé. On s’aperçoit toutefois que les cantons qui permettent d’autres formes d’accessibilité, basées sur la motivation des étudiants, enregistrent un taux de réussite plus élevé. Or, le taux est important pour répondre aux besoins des HES, car c’est autant d’étudiants qui ne pourront pas rejoindre cette filière. Le postulat demande donc au Conseil d’État d’étudier les différentes pistes qui permettraient de réévaluer les conditions d’admission à la maturité professionnelle, afin de faciliter l’accessibilité à cette filière et de la rendre plus attrayante.
Le chef du département a un regard moins négatif sur la situation et n’est pas persuadé que cet examen d’entrée soit déterminant. S’agissant toutefois d’une question intéressante, il est favorable au renvoi du postulat qui permettra de dresser un état des lieux. Dans un contexte où l’on cherche à développer la formation professionnelle, les résultats seront l’augmentation du nombre de maturités professionnelles. Toutefois, cela prend du temps.
Dans la discussion générale, selon certains commissaires, cette proposition s’insère dans l’idée de revaloriser la formation professionnelle. La revalorisation de la formation duale aura pour conséquence qu’automatiquement, la maturité professionnelle sera plus demandée. Si l’on veut considérer à égalité les voies de la formation professionnelle et des formations générales, il faut qu’elles donnent la possibilité de suivre une formation dans les hautes écoles. Tous les jeunes n’ont pas une trajectoire rectiligne. Le rapport sur ce postulat pourrait proposer des pistes d’évolution sur le soutien aux jeunes, notamment dans les filières qui ont besoin de profils ayant débuté par une formation sur le terrain, avec un supplément académique. Par 14 voix pour la prise en considération contre aucune et 1 abstention, la commission recommande au Grand Conseil de prendre en considération ce postulat et de le renvoyer au Conseil d’État.
La discussion est ouverte.
En préambule, je tiens à saluer la commission pour l’accueil qu’elle a réservé à ce postulat. Comme Mme Pittet Blanchette a rappelé l’essentiel de mon postulat, par manque de temps, je ne vais pas revenir sur les différents arguments avancés.
Par ce postulat, je souhaite que le Conseil d’État étudie différentes pistes afin d’autoriser l’accès à cette formation autrement que par les résultats scolaires ou un examen obligatoire comme le prévoit actuellement la loi, mais par exemple sur la base d’un dossier permettant la validation d’acquis et l’évaluation de la motivation de la candidate ou du candidat. Les objectifs sont de rendre cette formation plus attractive, d’ouvrir ses portes à des profils atypiques, de valoriser davantage les filières professionnelles et d’augmenter le nombre de maturantes et maturants professionnels vaudois. Cela contribuerait non seulement au renforcement de notre tissu économique local, mais également à l’amélioration de l’accessibilité aux HES pour faire face aux défis auxquels certaines filières sont confrontées. Je vous remercie d’avance pour l’accueil que vous réserverez à ce postulat.
Les conclusions de la commission sont excellentes. Le petit échange que nous avons eu tout à l’heure sur la question de la maturité professionnelle – la Haute école pédagogique (HEP), etc. – démontre qu’une analyse de la situation n’est pas si inutile que cela.
Retour à l'ordre du jourLa discussion est close.
Le Grand Conseil prend le postulat en considération à l’unanimité.